Rencontre avec les fondateurs de Bakhtech : quid de l'e-inclusion ?

" Nous n’avons pas peur d’affirmer notre ambition : rendre 100% des sites et applications accessibles. "

Développeurs de formation, passionnés d’informatique et de son potentiel, Amath Ndiaye et Aimé Galmi se sont rencontrés chez Jaccede alors qu’Aimé y réalisait son stage de fin d’étude, et qu’Amath était son tuteur ! Ils se sont rendu compte qu’ils avaient tous deux appris trop tard le principe de l’accessibilité numérique, et qu’elle devait être démocratisée… Retour sur la création de leur entreprise et de leur mission !

Qu'est-ce que Bakhtech ?

C’est une agence en informatique qui accompagne les entreprises et associations dans le développement de leurs produits, sites et applications de manière ACCESSIBLE A TOUS, et notamment aux personnes en situation de handicap !

En effet, à l’ère du numérique, seulement 4% des sites et applications sont dits accessibles. Et pourtant, plus de 10% de la population est impactée… De nombreux handicaps sont concernés : surdité, déficience visuelle, dyslexie, daltonisme… Il s’agit donc de s’assurer que tous les nouveaux sites et applications qui se développent soient accessibles, et que ceux déjà existants le deviennent ! Pour cela, on réalise aussi beaucoup d’audits, de recommandations, ainsi que des sensibilisations sur la question (conférences, séminaires, interventions…)

Pouvez-vous définir l'accessibilité numérique ?

C’est le fait de permettre à tout le monde, quelque soit leur condition ou situation, d’accéder aux contenus numériques. Le développeur doit pour cela faire certaines manipulations supplémentaires pour que toutes les fonctionnalités de son application mobile ou de son site internet soient accessibles, notamment aux personnes en situation de handicap !

Ce qu’il faut comprendre, c’est que les personnes impactées par la question ont des besoins particuliers liés à leur handicap, et qu’ils utilisent donc des outils adaptés pour y répondre.

Certaines personnes en déficience visuelle, par exemple, vont utiliser des lecteurs d’écran. Ce sont des logiciels qui parcourent le contenu d’une page web / d’une application et restituent son ensemble à l’utilisateur pour lui permettre d’interagir avec celui-ci : lire le texte, décrire les images, expliquer les champs textes… Et pour que cet outil fonctionne, le développeur doit respecter certaines règles, un protocole précis, pour permettre la lecture par le logiciel ! Par exemple, si une image contient une information, il est indispensable d’avoir un texte alternatif pour que les personnes ayant un handicap visuel puissent avoir accès à cette information. Sinon, ce serait comme utiliser un lecteur de code barre devant une page blanche… Et c’est le même principe pour tous les outils et supports.

Ce protocole dont vous parlez, est-il facile d'accès ?

Oui, mais peu de gens le savent, et il est donc très peu utilisé !

En réalité, il existe depuis la naissance d’internet. La première version a été définie dès le début par le World Wide Web Consortium, l’organisme qui standardise le web et les règles à suivre, où tous les grands du numérique ont des représentants ! Tim Berners-Lee, le fondateur du W3C, affirmait que la principale caractéristique du web devait être son universalité. Ils ont alors mis en place le World Accessibility Initiative en se demandant : que faut-il respecter pour couvrir l’ensemble des besoins des personnes en situation de handicap ?

C’est comme ça qu’est né le Web Content Accessibility Guidelines dans les années 90, traduit en RGAA en France, où l’on retrouve plus d’une centaine de règles que doivent respecter les développeurs pour rendre tout contenu numérique accessible !

 

 

N'y a-t-il que les développeurs qui doivent se soucier de la question ?

C’est vrai qu’on parle plus de l’accessibilité numérique pour les sites ou applications mobiles, mais en réalité, partout où il y a du contenu numérique, il y a de l’accessibilité numérique. C’est aussi valable pour des documents PDF, word, pour tout contenu sur internet, etc etc.

Mais tout le monde peut adopter certains réflexes importants, comme sous-titrer toutes ses vidéos ou faire attention aux contrastes et à la taille des caractères !

Tout simplement parce qu’on ne connait pas toujours la situation de nos interlocuteurs, la majorité des handicaps étant invisibles...

Pourquoi aujourd'hui si peu de contenus numériques sont accessibles ?

Le principal problème, c’est l’information. J’en suis (Amath) la preuve parfaite… Je suis diplômé d’un master en informatique, j’ai travaillé de nombreuses années pour de grands groupes en tant que développeur. Avant d’arriver chez J’accède, j’avais déjà une grande expérience du domaine. Et pourtant, ce n’est que chez eux que j’ai découvert le principe d’accessibilité numérique. Encore aujourd’hui, lorsque j’en parle autour de moi à mes amis du secteur, je suis le premier à mettre le sujet sur la table !

Nous sommes persuadés que 100% des personnes voudraient rendre leur site ou application accessible s’ils savaient que la question se posait. C’est d’ailleurs pour cela que nous n’avons pas peur d’affirmer notre ambition : rendre 100% des sites et applications accessibles.

Il nous tient à cœur de sensibiliser de plus en plus de personnes à ces questions, et pas seulement les professionnels. Il faudrait que demain la question de l’accessibilité numérique soit connue, que les gens en entendent parler, et le réflexe de l’inclure dans le cahier des charges deviendra alors naturel…

Pensez-vous que les technologies d'innovation futures pourraient améliorer l'e-inclusion ?

C’est quelque chose auquel nous avons déjà réfléchi chez Bakhtech. Pourquoi ne pas imaginer par exemple que l’Intelligence Artificielle permettra de fluidifier l’interaction numérique notamment pour les personnes aveugles ?

Dans tous les cas, la baisse de l’exclusion devrait être inhérente à tout développement technologique, car elle en a le potentiel. Si l’on parle de l’accès à l’information, par exemple : avant, à l’ère des journaux papiers, il était très difficile pour une personne aveugle. Pourquoi est-ce que c’est toujours le cas aujourd’hui alors qu’il est facile de rendre cette information accessible sur ordinateur/tablette/téléphone par de très simples manipulations, impossibles avant sur papier ?

Avec les technologies d’innovation, on pourra faire un bond aussi important que lors du passage du papier au numérique. L’enjeu est simplement de le faire correctement et de manière inclusive cette fois !

Comment convaincriez-vous les Français de rendre leurs sites et applications accessibles ?

Premièrement, d’un point de vue économique, rappelons qu’il y a plus de 10% de la population qui est concernée par des problèmes d’accessibilité numérique. C’est une part de marché non-négligeable, notamment dans le cas de stratégie basée sur la masse, comme le e-commerce par exemple !

Ensuite, il faut savoir que l’accessibilité numérique améliore le référencement, le classement sur les moteurs de recherche. Or 97% des expériences en ligne commencent sur un moteur de recherche !

Troisièmement, il y a bien-sûr l’argument de l’image de l’entreprise. Il est important d’avoir une image d’entreprise inclusive, engagée, et les sociétés dépensent beaucoup d’argent pour cela. Donc une fois que l’accessibilité numérique est implantée, il faut en parler, ne serait-ce que pour que les personnes en situation de handicap le sachent !

Enfin, il y a évidemment les arguments humains : inclusion, réduction des inégalités, etc. Vous savez, on est tous directement ou indirectement concerné : on a tous une personne dans notre entourage qui est situation de handicap et surtout, nous sommes tous des handicapés en devenir. Que ce soit lié à l’âge ou à un accident de vie, il est fort probable que l’on soit un jour concerné par le problème. Donc faites-le pour les personnes en situation de handicap, et faites-le pour vous !

Les managers de demain gagneraient-ils à valoriser tous les talents ?

Et comment. La diversité est indispensable en entreprise, et pour de nombreuses raisons…

Elle permet d’abord le développement de l’intelligence collective : la meilleure manière de trouver une solution à un problème, c’est de l’approcher de différentes manières, de penser à toutes les approches possibles. Et c’est ce que permet le fait d’avoir de multiples profils dans son équipe !

Elle enrichit considérablement tout un chacun. Le fait d’avoir des collègues avec des profils/origines/backgrounds différents permet de s’ouvrir à de nouveaux points de vue…

Ne pas valoriser tous les talents de notre société, c’est peut-être passer à côté de la solution face aux plus grands défis de notre époque !

Aujourd’hui chez Bakhtech, notre effectif est de fait composé à 50% de personnes en situation de handicap (Aimé étant diagnostiqué autiste Asperger). Et c’est un pourcentage que nous nous engageons à conserver lors de nos recrutements futurs.

L’objectif est avant tout de donner l’exemple d’une entreprise qui accorde de l’importance à l’inclusion et de participer à l’évolution des mentalités. Parce que c’est triste à dire, mais encore aujourd’hui, en France, les personnes en situation de handicap sont les plus discriminées à l’embauche. On veut montrer à ceux qui en doutent encore que les personnes en situation de handicap sont tout aussi compétentes que les personnes valides, voire parfois plus, parce que ce n’est pas le handicap ou le non-handicap qui définit la compétence !

Association qui milite pour plus d’accessibilité pour améliorer la vie des personnes en situation de handicap et qui développe dans ce sens une plateforme

Retrouvez les informations importantes du RGAA (protocole français de l'accessibilité numérique)

"Un voyage de mille lieues commence toujours par un Premier Pas"

Lao Tseu

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