L'histoire n'a pas débuté ici, dans ce prestigieux immeuble de l'avenue d'Iéna, où prennent place les bureaux de La Financière de L'Echiquier, mais lors d'un pèlerinage à Lourdes en 2006. C'est là-bas que Christian Gueugnier, Directeur général délégué de la société, a fait la rencontre de Benjamin Hebert, infirme moteur cérébral depuis sa naissance. Ce dirigeant, peu familier du handicap, a alors été touché par l'intelligence et la curiosité du jeune homme, ainsi que par les difficultés auxquelles il se heurtait. De retour à Paris, travaillé par cette rencontre et porté par ses réflexions sur le sens du devoir de l'entreprise vis à vis de la société civile, il décide alors d'essayer de l'embaucher. Cependant, malgré l'assurance des deux hommes et leur complicité évidente, les débuts n'ont pas été aussi simples qu'il n'y parait aujourd'hui.

Procédure compliquée, motivation nécessaire

Avec l'aide précieuse de sa secrétaire, Christian Gueugnier a cherché non sans peine à récolter tout d'abord quelques informations sur la manière dont l'entreprise pourrait employer et gérer une personne à mobilité réduite. Le premier constat est alors que toutes les démarches doivent être effectuées par l'employeur et ceci de manière autonome.

Passée cette première étape, il lui fallut ensuite soumettre l'idée au comité de direction et démonter les réticences de certains membres. Il était alors très important qu'un dirigeant porte ce projet avec une forte motivation pour convaincre le reste de l'entreprise: "Les gens ont vu que j'étais concerné et que j'allais prendre ça à bras le corps" témoigne le Directeur.

Christian Gueugnier a ensuite rencontré Benjamin, pour lui soumettre son offre d'emploi. "C'était pour lui une grande source de joie, mais aussi de stress". En effet, Benjamin, un Bac pro secrétariat en poche, n'avait jamais travaillé et connaissait mal le monde de la finance. "Je me mettais une grande pression vis à vis de la confiance que m'avait accordée Christian."

Une série de tests est réalisée pour mesurer ses aptitudes à travailler sur un ordinateur, compte tenu de son handicap qui réduit l'usage de ses bras. Un poste de documentaliste est ensuite créé ; cette fonction, qui n'exige pas de travailler dans l'urgence, s'adapte bien aux compétences de Benjamin. Comme le rappelle le manager, l'objectif n'était pas de chercher en premier lieu la performance, mais de permettre à Benjamin de travailler dans les meilleures conditions.  Pour cela, son emploi du temps a aussi été aménagé pour qu'il récupère plus facilement au vue de la charge de travail.

Une intégration difficile

Les premiers jours de Benjamin dans l'entreprise ont été difficiles pour plusieurs raisons. D'un côté, les salariés ont été assez réticents à son arrivée, ne sachant pas comment interagir avec lui, et de son côté, Benjamin, n'ayant jamais travaillé en entreprise, devait s'adapter au monde professionnel: "Quand je suis arrivé, ce n'était pas évident de demander de l'aide pour aller aux toilettes." Pourtant, Benjamin est le genre de personne qui a la communication facile et sait mettre son entourage à l'aise : "Vous pourrez me poser toutes les questions que vous voulez !", nous clame-t-il à peine entré dans la salle.

Christian Gueugnier avait vu juste: "quelques personnes, un peu plus à l'aise avec les personnes handicapées, ont montré l'exemple aux salariés" ; l'intégration s'est faite lentement. Benjamin participe même alors aux séminaires de l'entreprise. Christian Gueugnier sourit: "Mon plus beau souvenir, c'est Benjamin qui danse le soir, avec les jeunes qui font tourner son fauteuil."

Un succès qui couronne ces efforts

Cela fait maintenant dix ans que Benjamin travaille à La Financière de l'Echiquier ; il se considère aujourd'hui come un salarié tout à fait normal. "Il est intégré dans l'entreprise et vit la vie des autres. Le regard des salariés a complètement changé, ils ne font même plus attention à lui." souligne son manager. Pour Benjamin, Christian a été "son ange gardien", qui lui a transformé la vie et donné sa chance. Son travail actuel lui permet en outre de très bien gagner sa vie.

Si l'intégration de Benjamin dans l'équipe ne présente pas d'intérêt particulier en terme de performance ni de productivité pour l'entreprise, elle participe cependant au bien-être des équipes.  "La présence de Benjamin est la preuve pour les salariés que la responsabilité civile et la politique sociale de l'entreprise ne sont pas que des mots, ils en sont fiers." De plus, cela permet de changer complètement le regard que les salariés avaient sur le handicap et de les amener à porter plus d'attention aux autres: "Rien que pour cela, ça vaut le coup !"  poursuit Christian Gueugnier.

Un constat cependant: "L'expérience est fabuleuse, pour les salariés comme pour Benjamin, mais ce n'est pas grâce à l'Etat." Pour le manager, le chemin a été long pour parvenir à embaucher le jeune homme, et cela représente un coût certain pour l'entreprise, qui n'a quasiment pas été soutenue dans cette démarche et est encore soumise à la taxe Agefiph. Il appelle donc à une plus grande flexibilité de la réglementation, qui devrait pouvoir s'adapter aux cas particuliers, ainsi qu'à une politique incitative et non punitive.

"Parmi les success story françaises de personnes handicapées, je dois être dans le top 5" Benjamin Hébert, infirme moteur cérébral, employé à La Financière de l'Echiquier

Au cœur d'une entreprise financière,

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Lao Tseu

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