Le chaînon manquant sur le chemin de l'emploi:

 

découverte du

Club House de Lyon

"Les gens savent qu'ici ils ne seront pas jugés, qu'il y a une vraie bienveillance, qui ne nous empêche pas de faire le travail nécessaire pour atteindre nos objectifs" Sandrine, directrice du Club House de Lyon

Nous avons profité de notre passage à Lyon pour découvrir le nouveau Club House de la ville. Cette association, qui compte déjà 330 antennes présentes dans 32 pays, se veut être un pont entre le monde médical et l'entreprise pour des personnes ayant des troubles psychiques. Deux membres, Vanessa et Denis, nous ont fait visiter le lieu et ont témoigné de leur expérience. Nous avons aussi pu nous entretenir avec Jean-Philippe et Sandrine, respectivement directeurs des Clubs House de Paris et Lyon, ainsi qu'avec Julien, chargé de cogestion.

 

Le concept du Club House est né aux Etats-Unis en 1948, lorsqu'un philanthrope confie à un groupe de personnes atteintes de troubles psychiques, les WANA ("We are not alone"), un établissement où ils pourraient se réunir pour développer des activités autour de l'emploi.  Le modèle se développe alors rapidement dans les pays anglo-saxons, pionniers dans la prise de conscience de l'importance du lien social pour combattre les troubles psychiques. La France prend elle du retard sur ce point et continue de cloisonner les personnes avec des troubles psychiques dans des hôpitaux et des asiles. La loi de 2005 permet une meilleure prise en compte et reconnaissance du handicap psychique, qui entre dans les quotas de travailleurs en situation de handicap des entreprises. Des GEM (Groupes d'entraide mutuelle) sont créés ; ce sont des lieux de proximité, non médicalisés, qui proposent des activités sociales sur un modèle de cogestion.

Le premier Club House voit le jour en 2012 à Paris ; cette association met l'accent sur le retour vers l'activité professionnelle. C'est une passerelle entre les mondes médical et professionnel. Le directeur du Club House de Paris, Jean-Philippe, nous explique: "Les personnes avec un handicap psychique ont une combativité incroyable, ils s'adaptent et se battent pour leur rétablissement. Ils ont aussi un petit peu plus conscience de leur fragilité que la moyenne. Nous essayons de mettre en contact nos membres avec des entreprises, bien que les appréhensions soient des deux côtés." En effet, les membres, qui ont souvent arrêté de travailler pendant quelques années suite à leur maladie, appréhendent souvent le retour dans le monde professionnel. "Les personnes atteintes de troubles psychiques sont extrêmement intelligentes, il n'y a pas d'effets là-dessus. Cependant, ils ont parfois une incapacité à remobiliser leurs compétences. On travaille beaucoup là dessus au Club House, afin que les membres puissent reprendre confiance en soi, sortir de l'isolement." souligne Sandrine, directrice du Club House de Lyon.

Les ateliers sont donc multiples: création de CV, recherche d'emploi, coaching, préparation d'entretiens, etc. Cependant, si le rythme ressemble à celui d'une entreprise, la gestion en est différente. Ici, pas de boss: "C'est un lieu qui est fait pour les membres, mais par les membres. Cela fait partie du rétablissement." précise Sandrine. Julien ajoute: "Cela va du montage des bureaux au recrutement des futurs employés." Et passé 17h, place aux activités plus ludiques: yoga, expression corporelle et théâtrale, etc. La détente, la convivialité et le bien-être ont toute leur place dans ce lieu, qui a été pensé pour, avec une salle de repos et un grand espace de vie pour partager les repas préparés par tous.

La visite terminée, Denis nous partage son expérience personnelle: "Je suis tombé malade en 2010 après 15 années de travail. J'ai été dans le déni de ma maladie pendant longtemps. En 2014, une psychiatre m'a fait comprendre ce qu'était ma maladie, la schizophrénie. Elle m'a parlé du Club House deux ans plus tard, j'ai tout de suite fait un mail. J'ai commencé à y aller au mois de juin ; on se réunissait régulièrement et on a géré l'ouverture des nouveaux locaux le 15 novembre, pour une centaine de personnes. Dans le Club House, je me sens utile et en mouvement, après des années à ne rien faire. J'ai deux objectifs: rompre l'isolement social dû notamment à la stigmatisation dont j'ai été victime du fait de ma maladie, et retrouver un emploi. Je pense avoir encore des compétences, même si la confiance en soi nécessaire pour manager me manque aujourd'hui. J'essaie de retravailler là-dessus. J'aimerais essayer de faire autre chose, même s'il est difficile de se projeter à nouveau passé 40 ans. Cependant, j'avais des passions, telle que la lecture, donc pourquoi pas travailler dans une bibliothèque."

Parmi les 230 membres du Club House de Paris, plus du quart sont en insertion professionnelle. Pour ces dernières, le lien avec la communauté reste fort, et la solidarité demeure. L'entraide, la confiance et l'autonomisation sont les clés de la réussite de ce modèle.

"Un voyage de mille lieues commence toujours par un Premier Pas"

Lao Tseu

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