Le handicap,

un élément économique

Rencontre avec Jean-Baptiste Hibon

"L'enjeu de ma vie, jusqu'à ma mort, sera de changer le paradigme intellectuel, de mettre le handicap au cœur. " Jean-Baptiste Hibon        

Nous avions été prévenues: s'il y avait bien un acteur incontournable du monde du handicap et de la dépendance que nous devions rencontrer à Lyon, c'était Jean-Baptiste Hibon. Conférencier professionnel et psychosociologue, infirme moteur cérébral depuis la naissance, il est aussi le fondateur du Réseau humain. Cette plateforme couvre plusieurs domaines d'expertise, allant de l'information sur le handicap, aux solutions innovantes de transformations numériques.


Nous avons pu le rencontrer, aborder avec lui des thématiques variées et avons été touchées par sa franchise et son humour. C'est une personnalité atypique, qui revendique avec force sa différence : "ça me fait chier d'être comme tout le monde, j'a envie d'être différent et d'apporter quelque chose au monde à partir de ma différence."

 

Comment votre handicap a-t-il orienté votre parcours professionnel ?

Mon handicap me pousse à faire mieux avec moins. Dans une logique similaire à celle de l'innovation frugale, je dois chercher des solutions innovantes pour parvenir à mon but avec des moyens restreints. Il est donc nécessaire que je m'entoure des bonnes personnes pour recevoir de l'aide, mais c'est à moi de savoir discerner ce dont j'aurais besoin. Cette réalité, qui est la même pour tous, est amplifiée avec le handicap, caisse de résonance de toute réalité humaine.

C'est en partant de ce constat que j'ai souhaité créé le congrès Nouvelle Ère, partie physique du Réseau humain, où le handicap permet d'innover durablement et à destination de tous. Lors de ce congrès, qui a réunit plus de 500 participants à Lyon en novembre,  nous avons rédigé une charte collaborative des relations humaines en entreprise. Celle-ci s'appliquera dans les entreprises signataires.

Mon parcours professionnel s'est aussi fait à partir de rencontres et d'opportunités. Ainsi, une amie qui avait intégré L'Oréal m'a mis en contact avec la directrice diversité du groupe. Celle-ci m'a demandé de former l'usine L'Oréal de Vichy à la diversité. Pour cela, mon handicap a été une valeur ajoutée, car dans mon cas, la diversité était vécue, et non pas un concept abstrait, cela parlait donc plus aux salariés.

Quel rôle le handicap a-t-il selon vous dans le monde économique ?

Je souhaite que le handicap devienne un élément économique à part entière, qu'il sorte du milieu uniquement caritatif ou médical. Savez-vous par exemple que le SMS a été inspiré par une personne sourde ? Le handicap peut être un vrai levier d'innovation. Ce n'est pas le handicap en tant que tel qui doit être rémunéré, mais l'énergie dégagée à travers la contrainte qu'il implique.

Par ailleurs, je conseillerais aux managers de travailler avec les personnes handicapées de la même manière qu'ils le feraient pour tout autre employé. Il n'est pas nécessaire de vivre le handicap pour le comprendre, il suffit de se mettre à la place de l'autre et d'accueillir sa situation.  Le handicap est un éveilleur de savoir-vivre, de savoir-être, à l'heure où ces notions ne sont quasiment plus enseignées dans notre société.

Où en est la France aujourd'hui sur la reconnaissance du handicap, notamment en entreprise ?

En France, les mentalités sont encore très en retard par rapport aux pays anglo-saxons. Cela tient d'une différence culturelle dans le mode de pensée. Notre pensée cartésienne, qui a fait des merveilles dans le monde médical, a tendance à catégoriser le handicap. Elle manque de souplesse. La pensée systémique américaine pense le tout comme supérieur aux parties, elle est plus agile. Ainsi, l'erreur est vue comme naturelle, elle permet l'amélioration continue. Lorsqu'elle est détectée, l'erreur est rapidement surmontée car le système peut facilement se modifier. Ceci permet de s'adapter plus facilement au handicap, de l'intégrer plus efficacement en entreprise.

La loi Macron permet au travailleur handicapé indépendant d'être un ESAT à lui tout seul, car ses prestations peuvent réduire les contributions des entreprises. Il est encore nécessaire cependant de travailler à une meilleure accessibilité et de détruire certains préjugés sur le handicap.

A quoi ressemblera, selon vous, l'entreprise de demain ?

Il est urgent de remettre l'économie au service de l'homme. L'entreprise de demain sera celle qui n'appartient pas à une personne, mais à certains acteurs de cette entreprise. Ceci implique une baisse du salariat et le développement de réseaux de travailleurs individuels. L'entreprise devra donc se soucier de son écosystème, car c'est lui qui sera rémunérateur, pour elle comme pour ses collaborateurs. Cette vision implique un changement de paradigme social, au service de la liberté humaine.

Cependant, le temps dégagé par les leviers modernes tels que l'utilisation du numérique devra être réutilisé pour développer les relations humaines, seule variable irremplaçable au sein d'une entreprise.

"Un voyage de mille lieues commence toujours par un Premier Pas"

Lao Tseu

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