Le Reflet, restaurant ordinaire

pour salariés extraordinaires

"Si on veut faire évoluer le regard, il est important que la rencontre avec la différence soit banalisée." Flore Lelièvre, fondatrice du restaurant Le Reflet

Flore Lelièvre, jeune architecte d'intérieure, a été touchée par les difficultés que rencontraient son frère, porteur de trisomie 21. Pour lui, il faut s'adapter tout le temps, et partout. S'il n'y parvient pas, il est très vite mis de côté. Alors la jeune femme a décidé de prendre le problème de l'exclusion des personnes porteuses de trisomie 21 à bras le corps: "j'ai voulu créer un endroit qui, pour une fois, s'adapte à des personnes comme mon frère".

Flore Lelièvre a vite délaissé son idée de créer une association pour monter un restaurant ordinaire. Ordinaire ? A peu de choses près : la jeune femme souhaite que les employés du restaurant soient des personnes porteuses de trisomie 21: "L'idée du projet Le Reflet était de montrer qu'on peut intégrer dans des équipes des personnes trisomiques et être économiquement viables".

Le plus difficile reste alors à faire... Réussir à rassembler un budget d'investissement assez important pour pouvoir être propriétaire du restaurant et réduire ainsi le budget de fonctionnement, qui s'annonçait assez élevé: "un restaurant a une masse salariale moyenne de 40% environ, chez nous, elle représente 58% des charges du restaurant". Mais il en faut plus pour arrêter la jeune femme, qui fait deux levées de fonds successives, en 2016 et 2017, et rassemble ainsi 550.000€, soit environ 75% du budget total d'investissement. La SAS compte alors 40 actionnaires, principalement des particuliers qui ont cru au projet. Un comité de pilotage bénévole est mis en place pour faciliter la gouvernance.

Le Reflet emploie 6 personnes porteuses de trisomie 21, aux profils très variés, mais toutes très motivées et passionnées par leur travail. Un mois avant l'ouverture, le 15 décembre 2016, les futurs serveurs et cuisiniers ont été formés aux métiers de la restauration par la cheffe, Farida et le gérant, Thomas. Aujourd'hui, ils peuvent réaliser en autonomie certaines tâches -tels que l'épluchage et la découpe, savent travailler sur plusieurs postes, en salle comme en cuisine, et ont tous remarquablement progressé :"ici, ils apprennent sur le tas, au quotidien".

Flore s'est tout de même servi de ses compétences en design intérieur pour repenser un peu le métier traditionnel de la restauration... Elle a par exemple imaginé des assiettes ergonomiques qui facilitent la prise en main et des sets de tables qui aident au dressage. Mais notre coup de cœur reste le système de prise de commande ; le client inscrit son choix avec un tampon sur un carton  prévu à cet effet: "cela permet une meilleure transmission en cuisine, sert aux serveurs qui ont des difficultés de lecture ou de mémorisation, crée un moment ludique autour de la table et laisse du temps aux serveurs pour discuter avec les clients... parfois un peu trop!" sourit Flore.

Flore a inventé un set de table qui aide au dressage

Et le bilan est encourageant... Un peu plus d'un an après l'ouverture, le restaurant a déjà quasiment atteint son niveau maximum  de remplissage, est très bien noté sur TripAdvisor (5/5) et le carnet des réservations est plein pour les jours à venir. La preuve que ce restaurant sait attirer une clientèle variée, sensibilisée ou non sur le handicap, et participe à changer le regard: "tous nous disent qu'humainement, ils ont vécu un truc!".

Alors comment expliquer un tel succès ? Pour Flore, le projet du Reflet a suscité beaucoup d'engouement car il "casse les codes de notre système et il est porteur d'espoir." Cependant, la jeune femme est réaliste: "si la cuisine n'était pas bonne, les gens seraient venus une fois pour soutenir le projet, mais ne seraient pas revenus". Pour elle, il était primordiale d'offrir un menu réduit, cuisiné avec des produits frais, différent chaque semaine, à prix abordables. Le midi, la formule mise en bouche, plat, dessert, est à 17,50€. Une offre concurrentielle qui permet d'être accessible au plus grand nombre.

Aujourd'hui, la jeune femme de 27 ans rêve en grand... et espère ouvrir très prochainement un nouveau restaurant à Paris. Un MOOK est également en vente sur Kisskissbankbank, il relaie les bonnes pratiques adoptées par plusieurs restaurants dans le monde, pour montrer que l'inclusion des personnes trisomiques dans le milieu de la restauration ordinaire est possible.

Que ce soit via le MOOK ou lors d'un passage à Nantes, n'hésitez donc pas, vous aussi, à découvrir le restaurant !

"Un voyage de mille lieues commence toujours par un Premier Pas"

Lao Tseu

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